Vous reprendrez bien un peu de geek?

Publié le par Aigri-man

Vous reprendrez bien un peu de geek?

Ce week-end je me suis fait traîner à un évènement pour le moins étrange, qui m'a fait plonger dans un microcosme d'hurluberlus déguisés et parlant fort pour des raisons inconnues et n'ayant pour seul dénominateur commun qu'une inclination certaine pour une culture, voire un mode de vie, que le reste de notre société conservatrice réprouve.

Non, ce n'était pas la Gay Pride, mais c'était un peu tout comme (j'y reviendrai).

Ce week-end, je suis allé aux Geek Faëries de Selles-sur-Cher (c'est quand même pas un nom de bonne augure).

Mais qu'est-ce que c'est que ce pataquès?

J'ai déjà dit dans un précédent article tout le bien que je pense des geeks, j'estime donc pouvoir aujourd'hui les écorner quelque peu en... ah on me dit dans mon oreillette qu'en fait je les avais déjà pourri à l'époque, ce qui ne change absolument rien.

Je ne vais pas revenir sur ce qui fait un geek aujourd'hui, vu que ça veut tout et rien dire et que soit vous êtes déjà au courant, soit vous vous en foutez royalement, ce qui dans les deux cas ne mérite pas que je gaspille de l'énergie.

Contentons-nous donc de partir du principe qu'un "geek" n'est ni plus ni moins qu'une case dans laquelle on fait rentrer les gens, et qu'à force d'y entrer ces derniers en prennent plus ou moins volontairement la forme (et en plus ils sont contents ces connards). Ça y est, je suis énervé. Merci, hein.

Geek Faëries, donc, est un festival pour les geeks, par des gens qui se disent geek (ce qui est peut-être vrai, honnêtement je m'en tamponne allègrement le coquillard).

Qu'est-ce que cela veut-il donc dire, concrètement, hein, y'avait quoi alors?

Principalement 3 trucs.

Des stands

Bon là ça va être vite plié, c'étaient les stands habituels qu'on retrouve sur les divers foires/festivals/conventions : des vendeurs de goodies, des artisans d'inspiration majoritairement médiévale-fantastique (=elfes), des artistes vendant des illustrations de héros populaires dont je doute sincèrement qu'ils disposent des droits, un petit espace jeux vidéos rétros avec machines en libre accès, bref du classique.

En plus du coin sandwich/crèpes/boissons, y'avait un chapiteau à conférences et une scène pour présenter des trucs. Mais je sais pas quoi, j'ai pas lu le programme et je suis pas resté assez longtemps pour voir quoi que ce soit (mais je suis resté quand même bien assez longtemps à mon goût).

Du culte de la personnalité

Étaient présents tout au long de ce week-end de célèbres youtubeurs (suffisamment célèbres pour que je les connaisse, c'est dire). Pour ceux au fond qui voient pas de quoi je parle, c'est des gens qui font des vidéos sur internet, et d'autres gens les regardent et trouvent ça bien, et comme ils sont nombreux les gens qui font des vidéos touchent de l'argent. Comme des artistes, quoi.

Donc là je passe en mode dubitatif parce que je comprends pas trop. Ce n'est pas un phénomène spécifiquement relatif à la sphère geek (si vous me passez l'expression), mais j'ai du mal à piger qu'on puisse s'emballer, pousser des cris et s'enthousiasmer à la seule perspective de rencontrer un mec dont on aime le travail.

Je veux dire, hein, comprenons-nous bien, l'absence d'idolâtrie n'exclut pas le respect.

Mais bon je fais bien la distinction entre l'oeuvre et son créateur. S'il y a évidemment un lien très fort entre les deux, c'est pas parce que j'adore ce que fait Bézu que j'ai envie de devenir son ami (c'est juste un exemple).

Et que pourrais-je bien foutre d'un slip (ou de tout autre objet) dédicacé, hein? Ben rien.

Bref y'avait des gens connus, et des gens pas connus qui essayaient de s'approprier une part de cette célébrité en se faisant signer un truc, en posant une question pas intéressante, en plaçant une remarque spirituelle, bref en essayant de nouer un lien aussi fugace qu'unilatéral avec l'objet de son admiration pour mettre un peu de couleur dans sa morne existence, couleur à laquelle il se raccrochera désespérément dans les rares moments de clairvoyance où il se heurtera au triste constat que sa vie n'est qu'un caniveau sordide charriant les ordures putréfiées que sont ses rêves, ses espoirs et ses (maigres) réalisations.

Des geeks

Ce qui est bien avec les adeptes de ce genre de rassemblement, c'est qu'on peut les observer et s'en moquer gentiment, on ne se sent jamais mal. Faut pas que ce soit trop méchant, hein, après ça devient de la cruauté et quel que soit le contexte ça fait culpabiliser (si ce n'est pas votre cas c'est que vous êtes un dangereux psychopathe, veuillez vous suicider en sortant, merci, le monde se portera mieux sans vous, et n'allez pas me foutre du sang partout, j'ai nettoyé hier).

En vrac et comme ça me revient, il y avait plusieurs spécimen d'étude intéressants.

  • Le badaud : il regarde autour de lui d'un air amusé, acquiesce d'un air entendu quand il (croit qu'il) parvient par hasard à reconnaître le personnage d'un déguisement ou une référence quelconque. Son expression passe régulièrement de la curiosité à l'incompréhension, il ne sait pas trop ce qu'il fout là ni qui sont tous ces gens bizarres, mais ça ne l'empêche pas de passer un bon moment. En plus lundi au boulot, il pourra crâner et se faire passer pour cool auprès de tous ces petits cons de stagiaires.

Anecdote de la vraie vie au café le matin :
La maman : "Mais c'est quoi, le cosse-pleille?"
Le bibillou d'amour de seize ans qu'il ne faut pas lancer sur le sujet : "C'est quand on se déguise en personnage de fiction.
- Ah ok.
- Par exemple tu te déguises en personnage de dessin animé.
- Oui, d'accord, j'ai compris.
- Ou alors en personnage de série, c'est un costume, quoi.
- J'AI COMPRIS!"

  • Le fanatique : il est déguisé et son costume est incroyable. On se dit que s'il mettait autant d'application à ses études ou à sa vie sociale, il ne serait sans doute pas ici aujourd'hui, voire même qu'il pourrait faire quelque chose de sa vie. Malheureusement pour lui, ce costume de Carapuce restera sa seule victoire sur le monde (c'est déjà pas si mal).

Anecdote de la vraie vie en faisant la queue pour manger :
Deux filles viennent complimenter un gars pour son cosplay. Le gars répond "Merci mais c'est pas un cosplay en fait, c'est pas inspiré d'un personnage, bla bla bla".
LA FERME ET PREND LE COMPLIMENT, BORDEL!

  • L'opportuniste : il n'aime pas spécialement la culture geek, mais il est artiste à ses heures perdues et a des trucs (idées, produits, dessins, textes) à vendre. Donc il s'incruste, mais ne parvient pas à masquer sa condescendance envers ce qu'il considère ouvertement comme un ramassis d'attardés ignares et moutonnants. L'avantage, c'est que la plupart des gens se rendent rapidement compte que c'est un connard, et il repartira bredouille, ce qui est bien mieux que ce qu'il mérite (un bain d'huile bouillante et une double énucléation à la petite cuillère recouverte de gros sel me paraît plus adapté, mais on dira encore que j'en fais des caisses).

Anecdote de la vie réelle sur un stand de je-sais-plus-quoi :
"Je suis allé à l'expo de Moebius à la Fondation Cartier, franchement ses planches elles sont dégueulasses, c'est surchargé, pfouah...".
Son interlocuteur abonde de manière enthousiaste.
Genre, Moebius? Ses planches, dégueulasses? On a pas dû faire la même expo, mais après tout tu as bien le droit de chier sur un des piliers de la BD française, c'est clair que comparé à toi ce type manque vraiment de talent.
Gros con.

  • Le random geek : il est venu avec un déguisement honnête, parce qu'il aime se costumer, et il aime l'attention exceptionnelle que son apparence lui apporte. Il apprécie sainement le plaisir simple de se trouver parmi des gens comme lui, partageant sa ou ses passions. Il ne cherche pas le contact, et du coup le provoque naturellement. Il est lucide sur ce qui l'a amené ici, n'est pas un extrémiste, en gros c'est juste un mec normal avec un passe-temps populaire. Il n'a absolument aucun intérêt et je me demande bien pourquoi je prends la peine d'en parler.
  • Le VRAI geek : il est venu en se disant qu'il allait faire plein de rencontres, qu'il serait plus à l'aise entouré de ses semblables, que ce serait un super moment de partage. Mais comme c'est un inadapté social complet, il se contente de reluquer les minettes en bikini de maille, en osant à peine croiser le regard de qui que ce soit. Quand par hasard on lui adresse la parole, il répond trop fort et de manière si ouvertement enthousiaste qu'il s'ensuit toujours un silence gêné, rapidement brisé par un "bon ben à plus" le renvoyant face à la triste réalité : être cool dans l'esprit populaire ne rend pas automatiquement cool dans la vraie vie. En fait, le problème, mec, c'est toi.

Anecdote de la vie réelle : voir description ci-dessus. Tout est vrai, 100% pur jus.

Mais alors, c'était bien ou pas?

Oui. Et non. En fait comme je le disais en intro ("Oh mon dieu quelle inflexibilité dans la conduction de la réflexion Aigri-man, j'en suis tout ébaubi!" "- Mais non, voyons, ce n'est rien..." "- Si si, j'insiste, c'est proprement époustouflant!" "- Je suis gêné..." "- Non franchement, c'est pas comme ce naze de Moebius qui..." "- PAN!"), je me suis un peu senti comme un hétéro à la Gay Pride.

Je comprends bien l'idée du truc, j'adhère aux revendications, mais je ne peux pas m'empêcher de trouver tout ça un peu trop extravagant. La majeure partie des participants semble réellement s'amuser, ce qui me rend un peu jaloux parce que même si tout ça est extrêmement sympathique, je suis forcé de reconnaître que je me fais un peu chier. Bordel, au fond de moi je suis sûr que je DEVRAIS m'éclater, mais juste non.

"Mais Aigri-man", me direz-vous, "tu n'es qu'un sombre connard, si tu n'aimes pas ça tu n'as qu'à rester chez toi et bougonner en jouant à la console, n'empêche pas les autres de s'amuser!"

Ce à quoi je vous répondrai "Certes cher et grotesque descendant direct d'australopithèque à qui tu as emprunté front bas et pilosité surdéveloppée, mais t'ai-je déjà montré mes planches originales signées Jean Giraud? Non? Approche un peu..."

PAN!

Publié dans Bla-bla

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