Le messie

Publié le par Aigri-man

Ca y est, j'en tiens un beau. Longtemps j'ai erré dans les salles obscures, à la recherche du meilleur. Souvent plein d'espoir, je voyais mes illusions s'écrouler comme un château de cartes balayé par le vent capricieux de mon indécrottable bonpublicisme (oui je sais dit comme ça, ça fait pas crédible...).

Légion : "Mouais bon, c'est marrant."

Priest : "C'était bien cool, pis y'a Karl Urban. Je kiffe Karl Urban."

Dragon Ball Evolution : "Purée... nan mais y'a quand même des trucs fidèles aux mangas..."

Bloodrayne : "Y'a quand même des scènes sympas... ah tiens non."

Heureusement ma quête s'achève. La place du film le plus pourri, longtemps monopolisée par La Ligue des Gentlmen extraordinaires (quel film de merde, je le dis et le redis, rien que d'y penser j'ai envie de vomir) a désormais un nouvel occupant.

En effet je viens d'aller voir Battleship. Qui - soit dit au passage - sera à partir de désormais désigné sous le nom de Battleshit, bien plus approprié. Les mots me manquent.

Commençons par les bons côtés (car il y en a). Par le bon côté plutôt : la réalisation. C'est bien fait. Mais c'est la preuve incontestable qu'une bonne réalisation seule ne peut conduire qu'à un film de merde. C'est tout pour le côté positif.

Battleshit, c'est quoi? C'est l'adaptation au cinéma de la Bataille Navale. Oui, le jeu chiant. I4, il a coulé mon porrte-avions, tout ça. Mais comme tout le monde sait que le sujet est inintéressant au possible (rien que de l'écrire je m'emmerde) les scénaristes ont brodé (plutôt que de changer de pitch ce qui aurait été moins dur, mais bon on est con ou ou l'est pas).

Donc au final on se retrouve avec Transformers (le film) mais sans l'unique ingrédient sympa (si l'on peut dire), à savoir les Transformers. Ce qui n'a aucun sens. C'est un concept : faire une copie de film à license sans même prendre la peine de s'en cacher (certes Touché-coulé EST une license, mais sérieusement personne n'en a rien à foutre). Appliquer toute une série de recettes pour produire un gros block-buster familial devant lequel se précipiteront des milliers de spectateurs qui ne se rendront même pas compte (ou alors trop tard) de la quenelle qu'on est en train de leur servir.

Car oui, je le dis haut et fort : Battleshit est une quenelle, de bout en bout. Comme la créature du docteur Frankenstein, ce monstre est un amalgame de tous les clichés les plus honteux, des astuces les plus grossières, des composantes attendues de tout film de ce genre. C'est bien simple, tout y est. On peut presque parler de cas d'école.

- L'anti-héros. Très à la mode depuis quelques années, le concept est ici poussé dans ses dernières limites. Un anti-héros est un personnage que l'on rejette au premier abord, plein de failles, de défauts insuportables qui empêchent toute identification. Par contraste au fur et à mesure que son caractère se dévoile on en vient à l'apprécier, voire à l'aimer puis finalement on se voit à sa place (et là : pouf, c'est gagné). Dans ce film le héros est tellement anti que jusqu'à la fin du film on ne peut pas le blairer. Franchement à la limite, c'est balèze. Il va de soi que c'est un jeune premier inconnu au bataillon que l'on va se taper jusqu'à l'indigestion pendant un an puis dont on entendra plus jamais parler. Ah le chobise, quelle jungle.

- La bonnasse. Elle a des gros seins, elle porte un débardeur, elle court au ralenti. Elle est aussi un peu intelligente et gentille, parce que sinon on pourrait taxer le film de sexiste. Ce qui est bien sûr le cas. En tout cas la pauvre actrice dont personne ne se rappellera le nom restera à jamais "la bonnasse de Battleshit", limite je ressentirais de la compassion. Si je n'en avais pas rien à carrer bien sûr.

- Le vieux briscard en quête de rédemption. En l'occurrence un mutilé de guerre qui ne croit plus en rien mais qui sous l'influence de la bonnasse va retrouver le goût à ce qu'il sait faire le mieux : casser des gueules.

- Le geek. Composante incontournable des années 2000, ce bonhomme chétif vivant dans sa bulle va devoir s'ouvrir au monde (et bien sûr se découvrir des vertus héroïques). Il sert aussi de faire-valoir et de compagnon rigolo, car il en faut au moins un.

- L'asiatique. En l'occurrence un japonais, qui bien sûr va aider le héros à contrer l'ennemi en lui soumettant un plan sournois issu de son esprit perfide et utilisant une technique affinée depuis des années à essayer de niquer les USA. On en attendait pas moins.

- La contre-bonnasse. On la voit toujours habillée, elle est plus virile que de nombreux autres rôles masculins, elle flingue à tout va, elle sue. Et accessoirement c'est Rihanna (ce qui n'a en réalité pas plus d'influence sur le film que d'intérêt). Il est bon de signaler que les rôles de la bonnasse et de la contre-bonnasse peuvent s'inverser dans l'esprit de certains, mais il en faut pour tous les goûts.

Il y en a d'autres bien sûr : les petits vieux pour l'instant patriote, les militaires au grand coeur, Liam Neeson, les aliens méchants...

Tiens d'ailleurs, c'est marrant mais dites-moi ce que vous en pensez :

Un jour vous envoyez une onde surpuissante à travers l'espace, et vous recommencez toutes les vingt-quatre heures. Comme ça, pour faire chier. Le lendemain des aliens débarquent. Premier réflexe (normal) : vous leur tirez dessus (c'est la base). Ils répliquent et vous explosent votre sale tronche de cake terrien, car ils sont bien sûr plus avancés technologiquement que vous. De fait vous arrêtez de leur tirer dessus. Puis rien ne se passe. Tant que vous ne les attaquez pas, ils ne font rien, ou presque : ils s'installent un peu bien sûr, fatalement comme tout étranger qui ne connaît pas la langue ils font un peu de dégâts matériels - occasionnant certes des pertes involontaires - que l'on mettra sur le compte d'une maladresse bonhomme plutôt que de la malveillance. Par contre dès que vous faites mine de les agresser : explosage de tronche (la vôtre).

Moi j'appelle ça de la légitime défense.

Interprétation unanime de tous les chefs d'état-major : ils sont venus pour nous anéantir et nous piquer notre planète.

C'est beau (j'en ai les larmes aux yeux).

De plus ce qui est énorme dans ce film c'est qu'à plusieurs moments on se dit : ah tiens là il y a un truc, un retournement de situation potentiel, c'est intéressant. Mais en fait non, c'est jamais ça. C'est juste complètement con, avec plein d'idées pas exploitées.

Et je ne sais pas si j'ai déjà dit que c'était complètement con, mais c'est complètement con.

Pourquoi faut-il par exemple que la fiancée du héros se retrouve COMME PAR HASARD à un niveau d'importance scénaristique (toute proportions gardées) égal au héros? Non mais ça n'a aucun sens. Un sur deux, ok, mais les deux ensemble? EN MÊME TEMPS? Soyons sérieux deux secondes.

Mais en fait je dis une connerie, parce que tout ce que fait la fiancée avec son pote le vieux briscard en quête de rédemption (accompagnés de leur fidèle geek), finalement ça sert à rien. Mais ça aurait pu. Donc bon.

Bref voilà, quoi. Battleshit est une vraie bonne grosse daube comme je n'en avais pas vu depuis... pas si longtemps que ça en fait.

Allez le voir, franchement ça vaut le coup.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
Encore moins bien que Zombie War ?
Répondre
A


Nan mais Zombie War il a un côté touchant, un peu comme le petit neveu débile... finalement on l'aime bien quand même!