Une tradition bien pourrave

Publié le par Aigri-man

L'autre jour je me faisais tellement chier que je suis allé voir un spectacle. Eh bien figurez-vous que je me suis rendu compte d'un truc bien con.

(Oui, aujourd'hui je rentre dans le vif du sujet, comme j'ai encore une fois rien posté pendant longtemps je me suis dit que c'était mieux de pas tourner autour du pot. Je suis comme ça moi, des fois j'y vais à fond, tête baissée. Je suis pas du genre à couper les cheveux en quatre, voyez. Autant il y a des fois où une bonne intro bien longue s'impose, histoire de poser un peu l'ambiance, mais aujourd'hui non, tac, on y va direct. Non parce que rien de pire que des tergiversations stériles pour faire perdre du temps à tout le monde, or le temps c'est un des rares trucs qu'on peut pas se payer.

Haha, je vous vois venir, vous êtes en train de vous dire "Mais pourquoi donc toujours faire des intros dans ce cas?" C'est très simple en vérité : je perds certes de mon précieux temps pour écrire des mises en bouche d'une folle originalité, mais en fait ce temps perdu est multiplié par le nombre de gens qui perdent ensuite le leur à les lire. Voyez ça comme une espèce de retour sur investissement, tout en participant à la plus juste des causes : faire chier.)

Mais où donc en étais-je donc? Ah oui, spectacle, truc bien con, tout ça.

Bon en général que se passe-t-il à la fin d'un spectacle (ou pièce, ou concert, bref un truc où on est assis sur un truc qui fait mal aux fesses au bout de dix minutes, à s'extasier comme des glands sur un truc qu'on pourrait tout aussi bien voir chez soi sur internet, bien souvent mieux placé et pour moins cher, et en plus du coup en même temps on pourrait faire d'autres trucs, comme par exemple du repassage ou de la pelote basque)? Si vous avez oublié la question elle est au début de ce paragraphe.

On gueule et on balance sur la scène des sconses que l'on aura préalablement peints en violet. Non je déconne.

On applaudit (ça c'est la réponse à la question de l'avant-dernier paragraphe, suivez un peu, j'ai l'impression que vous avez des petits problèmes de concentration, là). Là les artistes saluent, disent merci et s'en vont. Et une fois qu'on a bien applaudi pour montrer aux artistes qu'on avait vachement trop bien aimé ce qu'ils ont fait, on rentre chez soi. Quelle bonne soirée.

Ah nan merde, revenez, du coup j'ai oublié de vous parler du truc bien con : le rappel.

Qu'est-ce donc que cela (à part de la merde, bien entendu)?

Eh bien le rappel, c'est un truc qu'on fait quand on a vraiment aimé le show. On tape en cadence dans ses mains (c'est pas facile parce qu'il y en a, c'est vraiment des burnes en rythme. On pourrait même dire qu'ils sont au rythme ce que le jeune de maint'nant est à la grammaire. Sont pas bien doués.) et ça fait revenir les artistes, du coup on re-applaudit, ils re-saluent, ils se re-en vont et on les re-rappelle et ça peut durer longtemps comme ça, jusqu'à ce que nos mains ne soient plus réduites qu'à des masses écarlates de douleur irradiante.

En général, l'artiste est surpris, car cette coutume est assez rare, et réservée aux prestations d'exception.

Mais non, bien sûr le rappel est systématique, et l'artiste a toujours un petit truc prévu. Un morceau, un sketch, un discours, au pire il peut toujours montrer ses fesses. Ca fait partie du rituel. Pourtant c'est bien débile, vu que tout le monde sait qu'il y aura un rappel, quoi qu'il arrive. Pourquoi ne pas inclure directement le petit truc en plus au spectacle en lui-même? Il n'était pas assez bon? Trop fatigant? Le public n'en est pas jugé digne avant de s'être rabaissé à le réclamer?

Oui car c'est ça en fait. Pour l'artiste, c'est évidemment valorisant. Le public devient sa biatch, il est prêt à se prostituer pour avoir une petite rallonge, un petit extra, il en veut plus. L'artiste dans un grand élan de mansuétude, grand prince, le lui concède (alors qu'en vrai il est payé pour ça ce gros branleur). Quel enfoiré celui-là.

Mais c'est aussi valorisant pour le spectateur. Le courant passe tellement bien avec l'artiste, ne dit-on pas qu'un bon spectacle, c'est avant tout un bon public? Et puis rendez-vous compte : il a payé pour un spectacle de deux heures, mais grâce à son habile marchandage il a réussi à obtenir un bonus de dix minutes. Finalement ça lui diminue le prix de sa place, la bonne affaire (alors qu'en fait cette rallonge est déjà comprise dans le prix de sa place, puisque le rappel était prévu). Quel enfoiré celui-là.

Finalement c'est un peu un concours de con : à celui qui flattera le plus son ego dans ce jeu de dupes. Ca veut plus rien dire, un peu comme un curé qu'on aurait pris la main dans le slip d'un enfant de choeur.

Remerciez-moi, maintenant vous y penserz à chaque fois que vous batterez le rappel. J'espère que vous vous sentirez un peu mal à ce moment-là.

...

(une-autre, une-autre, une-autre).

...

Bah non. Merde.

Publié dans Bla-bla

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