Vacances en Irlande : 10 jours d'aigreur (7)

Publié le par Aigri-man

Jour 7 : Cork

Après un rapide petit-déjeuner composé de toasts et de confiture, le tout arrosé du désormais traditionnel « black coffee » je me mis en route pour essayer d'infirmer l'impression que la ville m'avait laissée la veille. Comprenez par là que c'était pas très beau, voire passablement glauque.

Sur le perron de l'auberge de jeunesse je dus me rendre à l'évidence (en même temps, même en faisant preuve d'une auto-persuasion fantastique je n'aurais jamais pu me convaincre du contraire) : il pleuvait. Mais pas la bonne vieille pluie bien franche, hein, la fourbe, celle qui ne tombe pas vraiment, mais qui semble plutôt flotter en l'air pour mieux s'agglomérer sur vous. Et sur vos lunettes. Et ça c'est bien nul.

Donc je me dis tout au long de ma promenade que la lumière n'était pas flatteuse, que le temps influait sur mon humeur et que c'était sans doute une ville plus agréable avec le beau temps. Oui peut-être sauf que là il pleuvait, que c'était pas agréable du tout et que c'était surtout bien moche. Un peu comme Belfast, mais en pire.

En fait Cork, ça pue la Révolution Industrielle. C'est une ville faite de bâtiments apparemment construits à la va-vite dans une sorte d'urgence urbaniste incontrôlable, ce qui donne une architecture hétéroclite, vieillotte, voire carrément désuète par endroits. On retrouve beaucoup de ces briques rouges dans les constructions mais sans que le charme opère comme c'était parfois le cas à Belfast.

Bon ceci dit ce n'est pas non plus une catastrophe totale, car il y a tout de même de « belles » choses à voir là-bas.

Le Musée d'art moderne : tout est dans l'intitulé. La partie permanente présente un peu de tout: des tableaux, des sculptures, des objets anciens de la vie courante dont une bonne partie offerte par un mécène. A noter : un immense portrait de Fiona Shaw. Vous ne savez pas qui c'est? C'est la tante de Harry Potter (entre autres choses, Google est votre ami et je ne vais pas vous mâcher le travail comme ça).

Dans la partie temporaire il y avait une exposition de divers artistes contemporains sur un thème donné (je crois que c'était en rapport avec la maison où quelque chose dans ce style). Pas inintéressant, même si moi l'art contemporain ça me gonfle assez vite (or là il y avait vraiment des trucs abscons).

L'église (insérer ici le nom de l'église que j'ai oublié) : l'extérieur est assez joli, avec comme un peu partout le cimetière qui fait office de jardin. Effectivement les tombes ne sont pas enclavées dans un espace réservé mais sont creusées directement au pied du monument, c'est assez curieux mais c'est visiblement comme ça que ça marche là-bas. C'est complètement fou, non? Je n'ai pas vu l'intérieur de l'église, car c'était payant.

Le Parc-aux-Corbeaux (c'est moi qui l'appelle comme ça) : un tout petit parc boisé au milieu de la ville, charmant même sous cette sale bruine, avec une fontaine (qui ne fonctionnait pas), un petit ruisseau et des corbeaux. Pas farouches les bestioles, un peu comme nos pigeons parisiens mais en plus classe. Et surtout en plus gros. Beaucoup plus gros.

La brasserie Beamish : le bâtiment est curieux, mêlant le traditionnel et le moderne (en même temps c'est quand même une usine, faut produire). La visite était possible et je l'aurais bien faite mais c'était vraiment très (trop) cher. Du coup je suis allé au pub juste en face pour m'en prendre une pinte (de Beamish), visite plus adaptée à mon budget. C'était un pub typique, très sombre et assez calme, puisqu'on était en fin de matinée. Il y a avait quand même quelques clients dont un assis derrière moi qui faisait tellement de bruit en mangeant que j'ai cru vomir dans mon verre (et je vous épargne les bruits qu'il faisait après).

Le Musée du Beurre (ne riez pas) : la seule dépense que je m'étais résigné à consentir pour une visite, car c'était tout à fait abordable. Mais en arrivant je me suis rendu compte qu'il n'y avait personne à l'accueil (c'était pourtant bien ouvert) et que le tarif était plus élevé que celui annoncé dans mon Guide du Croûtard. Pas beaucoup, mais ça m'a contrarié. Et moi quand je suis contrarié je boude. Du coup je suis reparti et je n'ai pas visité le Musée du Beurre. Tant pis pour eux (pas pour moi bien sûr).

Il est maintenant temps d'évoquer une des particularités notables de Cork : c'est en pente. Sauf que ce qui est rigolo c'est que ça monte tout le temps. Vous ne redescendez jamais. Comme dans un tableau de Stéphane Escher (je crois que j'ai déjà fait cette blague quelque part mais je l'aime bien). Vous vous retrouvez donc assez vite essoufflé (même si vous êtes une bête de sport comme moi), avec des navets dans les mollets et une idée fixe : vous poser quelque part. Je me suis donc retrouvé en début d'après-midi complètement lessivé, et par un hasard topographique complètement fortuit à deux pas de mon auberge. La tentation fut trop forte, je décidai d'aller profiter de l'agréable séjour mis à la disposition des résidents pour reprendre doucement des forces et repartir plus en forme que jamais.

Malheureusement suite à un phénomène totalement inexplicable je me retrouvai comme par magie dans mon dortoir, allongé sur mon lit et dans l'impossibilité complète de me lever (j'ai essayé pourtant). Bon, qu'importe, me dis-je, après tout le corps humain connait ses propres limites et j'avais du inconsciemment les atteindre à gambader comme un petit cabri espiègle sous la pluie toute la matinée. Je me laissai donc aller à une petite sieste (vingt minutes, pas plus).

Je me réveillai frais et dispos, mais néanmoins étonné par le manque de lumière. Après vérification il était en fait vingt heures et je me dis que les micro-siestes c'est sympa mais ça bouffe quand même une sacrée partie de la journée.

Bien décidé à rattraper mon retard je me mis à la recherche d'une activité pour la soirée, pas découragé par l'impression bof-bof que m'avait laissée Cork jusqu'à présent. Je tombai sur un prospectus qui annonçait un concert dans un pub (il y en avait plusieurs en fait, mais je ne sais pas pourquoi c'est celui-ci qui a retenu mon attention), les Irish Weavers. Tout empli d'une motivation nouvelle je m'y rendis, après tout je ne m'étais pas encore plongé dans un bon bouillon de musique traditionnelle irlandaise.

Sur place premier constat : le pub est très grand, il y a du monde mais pas encore trop (le concert commencera avec du retard car le match de foot diffusé sur les nombreux écrans n'est pas encore terminé). Avisant une carte je commandai un fish and chips. Oui je sais, je suis complètement inconscient, voire très con, mais je voulais vraiment être sûr des sensations que m'avaient procurée ma première expérience, sans doute dans une pulsion quelque peu masochiste.

Eh bien vous me croirez si vous voulez (et si vous voulez pas tant pis pour vous), mais c'était vachement bon. Frit mais pas trop gras. Copieux mais pas trop lourd. Des frites croustillantes bien comme je les aime. De la béarnaise et de la purée de petits pois pour faire couler tout ça (et une pinte de Smithwick's). Bonheur total, la soirée s'annonçait sous les auspices les plus prometteurs. Et la musique commença.

Il est toujours étonnant de voir comment quelques notes sorties d'un tube en métal percé peuvent véhiculer une telle bonne humeur et communiquer une irrépressible envie de sourire. Le groupe n'était pas au complet et seuls deux musiciens étaient présents, mais leur enthousiasme était contagieux. Rapidement l'ambiance fut au top niveau. Enchaînant les gigues endiablées, les hymnes traditionnels et les chansons paillardes, les Irish Weavers nous ont régalés d'une prestation aussi drôle que musicalement bluffante. Sans conteste la meilleure soirée de tout mon séjour! A la fin du concert je retournai à l'auberge, la tête pleine de musique et revigoré pour les quelques jours qui me restaient à passer dans ce bien beau pays. Bilan en toute objectivité : Cork c'est trop bien!

Publié dans Bla-bla

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