Vacances en Irlande : 10 jours d'aigreur (8)

Publié le par Aigri-man

Jour 8 : Cork – Kilkenny

J'avoue que c'est avec un certain pincement au cœur que je quittai Cork le lendemain. Non je déconne, en fait la simple vue depuis la fenêtre de ma chambre m'a rappelé à quel point cette ville était moche, et j'étais bien content de me tirer de là histoire de me dépolluer un peu les yeux. Je ne savais pas encore que ce que j'allais voir ce jour-là allait dépasser mes rêves les plus fous (vous avez vu comment j'arrive à instiller un suspense haletant dans ce récit, ça vous épate, hein?)...

Le programme de la journée était relativement simple : de la route, un peu de route et enfin le meilleur pour finir : de la route. L'objectif avoué était d'arriver à Kilkenny en fin de journée car vu que j'y resterais tout le lendemain je ne voulais pas trop en voir aujourd'hui.

Petit problème : l'Irlande c'est pas très grand. Ça veut dire que les distances sur la carte ont l'air importantes mais en fait non, on va un peu partout en pas très longtemps. Ce qui, si vous suivez un peu, m'imposait forcément des étapes dans mon périple, étapes que je choisis un peu au pifomètre, ce qui se révéla un choix des plus judicieux.

Youghal : derrière ce nom de ville à l'orthographe improbable se cache une prononciation encore plus improbable : en fait ça se prononce « Yaule ». Outre cette particularité tout à fait remarquable et qui justifie à elle seule un arrêt dans cet endroit pittoresque, il y a une plage. Oui vous avez bien lu, c'est un fait incroyable mais en Irlande il n'y a pas que des falaises de cinquante mètres de haut avec des récifs comme des lames de rasoir, il y a aussi des étendues de sable qui descendent doucement vers la mer. Dingue.

Alors évidemment les baigneurs ne se bousculaient pas beaucoup ce matin-là. Déjà c'était marée basse (oui je sais ça n'a rien à voir, et alors?). Et en plus, bien que l'on fût fin août il ne faisait pas très chaud, et le vent n'arrangeait rien (l'été indien là-bas, ils connaissent pas). Peut-être aussi que les gens ont autre chose à foutre que glander sur la plage toute la matinée, comme par exemple travailler. En tout cas à part une femme qui promenait son chien et une canne qui promenait son vieux il n'y avait personne. C'était beau, mais comme sur toutes les plages du monde au bout de cinq minutes on s'emmerde grave, surtout que là je commençais à avoir froid. Je repartis donc en grelottant vers de nouveaux horizons.

Ardmore : ça c'est ce qu'on appelle un bled. À Ardmore il n'y a rien, ou presque. Un salon de thé qui fait également galerie d'art. Une plage. Une école de surf (oui je sais c'est ridicule mais en fait non, il y a vraiment des vagues et plein de monde qui fait du surf. Bon je n'ai pas vu de gros rouleau mais c'était peut-être pas la saison). Et une tour de guet du douzième siècle de toute beauté, entourée des vieilles ruines d'une ancienne église et d'un cimetière aux tombes les plus mal en point que j'aie jamais vues. Si je devais tourner un film gothique je le ferais là-bas tant l'ambiance y est forte. Et pourtant on était en plein jour, et il y avait un grand soleil, mais l'ensemble dégageait une force, un sentiment d'inéluctabilité mêlée de stabilité, comme si le temps devait se battre pied à pied pour altérer la moindre pierre, effaçant lentement mais patiemment les inscriptions gravées sur ces monolithes désormais anonymes.

Profitant de la météo exceptionnellement clémente je fis une grande balade, rejoignant la côte (une vraie côte celle-là, avec des falaises). Ce coin-là est un des rares qui soit totalement préservé, quasiment à l'état sauvage (mises à part les quelques clôtures de sécurité, histoire d'éviter qu'un bon con de touriste se balance tout seul dans le vide pour aller s'écraser cent mètres plus bas contre les rochers pointus). Après avoir traversé un champ de blé qui s'étendait à perte de vue et que seule venait perturber une grosse tour carrée, comme involontairement plantée au milieu j'aterris de manière tout à fait inattendue sur un petit sentier. Sur le petit chemin longeant la mer c'était une débauche de fleurs sauvages mauves, rouges et jaunes, bercées par le vent du large au son régulier des vagues qui s'écrasaient inlassablement sur la grève. Et il y avait plein de petites bestioles noires qui s'obstinaient à venir se poser sur moi, ce qui était franchement pénible, car moi, les bestioles noires qui s'obstinent à se poser sur moi ben j'aime pas trop bien ça. Mais bon, j'ai respiré un grand coup (en essayant de ne pas en aspirer au passage) et fait abstraction, tant bien que mal. Superbe balade au final.

Ma troisième halte se fit dans le village de Dungarvan. Sa particularité est de proposer au visiteur ébahi des maisons au toit de chaume. Comment ça, c'est tout? Ben oui, mais vous me faites bien rigoler, vous, avec votre Internet et vos téléphones portables, plus rien ne vous étonne, où est passée votre âme d'enfant, quoi, non mais c'est vrai, quoi, ho? Des maisons avec des toits de chaume, quand même, c'est complètement fou! Vous ne vous rendez pas compte? Comme dans Astérix!

Bon c'est sûr que la première, c'est marrant, la deuxième c'est sympa et à la troisième on commence à penser à rentrer... Mais c'était rigolo parce que ça faisait comme des têtes de bonhomme, les fenêtres ça ferait les yeux et le chaume on disait que ça ferait leurs cheveux. Y'en avait même un avec une moustache (c'était le papa). Sinon il y avait une autre plage avec des surfeurs (c'est assez cocasse mais les surfeurs, même quand ils ont huit ans, il faut qu'ils se la pètent, à tel point que ça donne envie de leur administrer leur planche façon suppositoire).

Donc après m'être extasié une bonne paire de minutes je suis reparti, surtout qu'inexplicablement il y avait vraiment beaucoup de monde ici.

Ma dernière étape fut Dunmore East, mais je ne rappelle absolument pas ce qu'il y avait là-bas. En fait je ne suis même plus sûr de m'être arrêté... Pas grave.

Avec toutes ces aventures il se faisait l'heure de prendre la route pour Kilkenny, mais le destin me réservait encore une surprise : Waterford, la ville de la quenelle!

En fait je ne me suis pas arrêté, mais j'aurais dû. Parce que dans cette ville il y a des faux carrefours, qui font que si on a loupé l'embranchement pour aller à Kilkenny (je mets bien embranchement au singulier, car il n'y en a qu'un), ben on ne peut plus le récupérer et on file direct sur l'autoroute. En plus c'est hyper mal indiqué, ça bouchonnait à mort, bref on se serait cru à Porte de Clignancourt. Mon humeur s'en est d'ailleurs un peu ressentie et j'en profitai pour prodiguer à mes voisins d'infortune un cours intensif sur les jurons français, suite auquel ils s'empressèrent de me rendre la pareille.

Enfin du coup, comme je voulais éviter de prendre l'autoroute je l'ai prise quand même, ça m'a fait faire un gros rallongi mais comme j'ai mis encore moins de temps que ce que j'avais prévu pour arriver à Kilkenny c'était pas trop grave.

D'entrée de jeu ce qui frappe à l'entrée de cette ville, c'est le château. Il est grand. Voire même très, très grand. Et il est en plein centre, ce qui fait un peu bizarre. Mais le temps n'était pas encore à la visite, il fallait d'abord que je trouve mon auberge, ce que je fis sans trop de mal vu que c'est pas non plus une ville de dimensions énormes. Sur les conseils de mon hôte après une bonne douche bien chaude je sortis dîner en ville, où j'appris à mes dépens que dans les pubs on ne sert plus après vingt-et-une heure. Heureusement je trouvai une petite supérette où je me procurai pain, cheddar fondu et salami bizarroïde qui semblent être la seule option pour un pique-nique improvisé en Irlande. Cette petite exploration préliminaire me laissa en tout cas présager d'une journée du lendemain très agréable car, bien que Kilkenny ne ressemblât en rien à ce à quoi je m'attendais, elle n'en demeurait pas moins charmante au possible. Je me couchai donc impatient de l'arpenter de jour et profitai d'un sommeil réparateur, ne sachant pas encore que la journée suivante serait la dernière vraiment agréable de mon séjour. Eh oui, j'annonce la couleur, car les deux derniers jours seront sous le signe de la quenelle ou ne seront pas (et hélas ils furent, puisque je suis là pour les raconter).

Publié dans Bla-bla

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