Vous êtes le meilleur commercial du monde!

Publié le par Aigri-man

(pour vendre à des cons.)

Retour à un type d'article plus classique aujourd'hui, on va critiquer et pourrir les gens (parce que ça fait du bien).

Ça fait longtemps que j'ai pas parlé de pub, non? C'est une question rhétorique, hein, j'attends pas que vous confirmiez, d'une part parce que c'est un fait, d'autre part parce que je me cogne de votre opinion, et de part en part parce que même si vous répondez je vous entendrai pas, vous êtes bien trop loin.

Vous avez peut-être remarqué une certaine évolution dans la manière qu'on a de nous vendre un produit, aujourd'hui. Ou pas. Mais ça fait rien, hein, ça veut pas forcément dire que vous êtes con, quoique sûrement un peu, quand même (je ne juge pas, quoique sûrement un peu, quand même).

Comment que ça se passait-il donc, avant? Facile : quand on voulait vous vendre un truc (soit en langage clair : quand on voulait vous faire acheter un truc dont vous vous passiez très bien jusqu'alors), on collait une belle image du produit, un chouette slogan, le tout associé à un symbole marquant adapté à la cible, à savoir une belle femme à moitié à poil. Car avant, c'était simple, c'était l'homme qui avait l'argent, donc quand il voyait le produit, il voyait en fait par transfert la belle femme à moitié à poil, qu'il s'appropriait inconsciemment par le truchement viril de sa carte bancaire.

Aujourd'hui le principe marche toujours, mais on peut plus trop faire comme avant, parce que les femmes trouvent plus ça très normal d'être réduites à des objets de fantasme dont la seule vocation serait de servir de faire-valoirs à des hommes en mal de reconnaissance. On peut même pas tellement leur coller un beau mec à moitié à poil pour équilibrer, parce qu'elles s'en foutent, ça marche pas (enfin c'est pas forcément qu'elles aiment pas ça, mais ça les fait pas plus acheter, ce qui limite l'intérêt de la chose).

Pour contourner ce problème, certains publicitaires intelligents ont petit à petit fait évoluer les symboles associés à leurs produits pour qu'ils correspondent mieux aux valeurs morales modernes (ce qui ne veut pas dire que les femmes ne sont plus considérées comme des purs objets de fantasme, mais juste que l'on s'en sert moins comme outil de communication). D'ailleurs de nos jours une publicité basée sur ce que nous appelerons le "paradigme de la femme à poil" est ouvertement reconnue comme participant du niveau zéro de la créativité commerciale. Paradoxalement, elle générera toujours un nombre important de clics sur internet ou d'achats dans la vraie vie, comme quoi on est vraiment une belle bande de glands (oui pour une fois je m'inclus dans le lot, mais j'ai un peu honte - des fois).

J'en arrive au nouveau procédé dont je voulais parler, relativement récent mais aujourd'hui bien implanté : la vente par vous-même. Ça peut paraître surprenant mais de plus en plus d'enseigne vous utilisent pour vendre leurs produits. Un exemple? J'en ai plein. En voici un premier.

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Remarquez que ce n'est pas du tout un mannequin qui vous vend le produit. C'est un mec, comme vous et moi. Ça pourrait être votre voisin, votre frère, votre ami. Peut-être même que vous le connaissez, si ça se trouve. Mais si, c'est ce bon vieux Julien, adhérent. Un type sympa. Franchement s'il trouve que la Fnac c'est cool, c'est que c'est le cas, non? Après tout il est comme moi, il a les mêmes besoins, les mêmes contraintes. En fait en y réfléchissant, c'est moi Julien, adhérent.

Franchement, vous y croyez, vous? Et bien oui, vous y croyez, comme tout le monde. Essayons maintenant d'analyser tout ça.

Déjà, Julien en lui-même. Il a des dreads, c'est cool c'est djeun's. Ce n'est pas un mannequin mais ce n'est pas un tréteau non plus, il est savamment pas très bien rasé, il semble néanmoins en bonne forme physique, et il sourit avec un air sympa. Il a une pose à la cool, mais on voit une bibliothèque très bien fournie à l'arrière, Julien aime donc lire, il est cultivé malgré ce que son apparence de beatnik inconséquent pourrait laisser supposer. À tout les coups il achète bio. Bref c'est un modèle auquel pas mal de monde peut vouloir s'identifier, et si celui-là ne vous plaît pas, il y a d'autres affiches avec des personnages qui vous correspondront mieux.

Ensuite, l'habillage. Écrire un prénom au-dessus de la photo d'un mec ne veut pas dire que ce prénom s'y réfère. C'est une interprétation logique, on considère comme acquis que ce gars s'appelle Julien, mais comme avec Wikipédia, le fait que ce soit écrit ne veut pas dire que c'est la vérité. La mention "adhérent" ne veut également pas dire grand-chose. Si ça se trouve on lui a offert un an d'adhésion pour qu'il accepte de se faire placarder dans toute la France. Si ça se trouve il n'a jamais foutu un pied à la Fnac. Si ça se trouve il est adhérent au Front National, c'est pas précisé "adhérent à la Fnac" d'ailleurs. La petite citation à vocation mi-sérieuse mi-sprituelle n'est qu'un slogan déguisé mis entre guillements pour lui donner un cachet de véracité. C'est pas la Fnac qui le dit, c'est Julien, adhérent. Donc c'est vrai, on y est pour rien nous, on lui a rien demandé à la base.

Pensez-vous que Julien, adhérent, se soit fait prendre en photo chez lui, dans ses vêtements, avec son ordinateur sur les genoux, et qu'il soit lui-même à l'origine de cette phrase? À la limite je veux bien concevoir qu'on lui ai demandé de la répéter ou de la lire, mais c'est même pas gagné qu'on soit allé jusque-là. Tout est construit, rien n'est laissé au hasard. Julien n'existe pas, il est le Kayser Soze de la publicité (spoiler gratuit). Et pourtant vous êtes prêt à lui faire confiance. Comme dirait Obi-Wan Kenobi dans Harry Potter : "Fuyez, pauvres fous!".

Mais je me rends compte que j'ai encore beaucoup à dire sur le sujet, et que le temps, comme les mots, file (cette blague m'est venue naturellement en écrivant, je ne cesserai décidément jamais de repousser les frontières de mon propre émerveillement devant le foisonnement créatif de mon esprit espiègle). Je vais donc couper cet article en deux, ce qui me permettra d'obtenir deux articles pour le prix d'un et de créer une tension et une attente, façon cliffhanger de fin de saison dans une série américaine.

Car oui, en réalité je connais très bien Julien, adhérent; il s'agit en fait de...

Publié dans Bla-bla

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