DYOS 2 : Les personnages

Publié le par Aigri-man

 

Vous avez le concept de votre série et malgré sa totale ineptie vous voulez continuer? Puisqu'il semble que vous n'ayez rien de plus intelligent à faire aujourd'hui, c'est parti pour la suite de notre grand dossier!

Do your Own Shit (c) : la série américaine
Episode 2 : les personnages

Ce n'est plus à prouver, le succès ou l'échec d'une série tient majoritairement à ses personnages. Le public doit s'attacher à eux (même aux plus détestables) et avoir envie de voir l'épisode suivant. Les protagonistes de vos enquêtes doivent devenir des membres à part entière de la famille de vos téléspectateurs.

L'avantage est que ce sont des membres pour lesquels vous n'êtes pas obligé de cuisiner, dont vous n'avez pas à supporter les bisous baveux ou qui piquent, et que vous pouvez virer quand vous voulez (en éteignant la télé ou en zappant).

L'inconvénient est que quand ils meurent, vous n'héritez de rien.

Il existe trois types de personnages :

- Les principaux (aka Cémoilpapa). Il en faut 2 ou 3, mais pas plus (ni moins). L'un d'entre eux peut se détacher légèrement (en donnant son nom à la série par exemple), mais il en faut au moins un autre de niveau à peu près égal. Sinon ça marche pas, c'est comme ça pis c'est tout. Ceux-là ne doivent mourir en aucun cas (dans votre série, en vrai on fait juste ce qu’on peut).

- Les satellites (ou Pticakes). Ils font souvent la même chose que les principaux, mais soit moins bien, soit de manière plus spécialisée. En pratique ils ne servent qu'à meubler et fournir des intrigues secondaires. Vous pouvez en dérouiller un ou deux, mais n’abusez pas du procédé, au bout d’un moment on s’en lasse.

- Les pégus (aussi appelés Kleenex). A moins que votre série se passe en huis clos où dans un monde post-apocalyptique, vous aurez besoin de gens. Comme dans la vraie vie les gens ne servent absolument à rien et n'ont pas vraiment besoin d'être caractérisés de manière précise. Vous pourrez faire ça à la va-comme-je-te-pousse au fur et à mesure de la création de vos épisodes. Butez-les à tour de bras, tout le monde s’en cogne.

Ces personnages devraient être définis dans cet ordre, mais bon vous faites comme vous voulez.

Note sur les personnages principaux : il est de bon ton que la relation entre les personnages principaux soit ambivalente, une romance potentielle, une tension érotique, un jeu de séduction, tous ces éléments fonctionnent en général très bien, à condition qu'il soient prévisibles. Dans l'idéal une relation plus approfondie est possible mais doit être potentiellement problématique (que ce soit dû à l'éthique, la morale, ou au passé torturé des personnages). Sinon y’a aucune raison pour que ceux-là se sautent pas dessus dès l’épisode 1 et hop, c’est plié. Et dans les séries on aime pas les hop, c'est plié, paske ça vend pas.

Voici maintenant une liste (non-exhaustive) de divers traits que l'on devrait retrouver chez vos personnages. Veillez à les répartir équitablement entre vos protagonistes principaux et satellites. Attention à ne pas trop charger la mule toutefois, soyez réaliste (enfin si l'on peut dire...).

Certains points sont volontairement flous, c'est normal. A un moment, faut quand même mouiller un peu le maillot, non mais.

- Un des personnages souffre ou a souffert d'une addiction (lourde)
- Deux des personnages ont une aventure secrète
- Un des membres de la famille d'un personnage est/était un criminel et a (eu) des ennuis avec la justice
- Un des personnages (au moins) fait partie d'une minorité ethnique et/ou religieuse
- Une des relations d'un personnage est un marginal
- Un des personnages joue un double-jeu
- Un des personnages à l'air d'être un vrai connard mais est en réalité une bonne pâte
- (variante 1) Un des personnages à l'air d'être une bonne pâte mais est en réalité un vrai connard
- (variante 2) Un des personnages à l'air d'être un vrai connard et est effectivement un vrai connard, mais on doit faire avec car c'est quelqu'un d'important
- Un des personnages est nouveau dans l'équipe et doit faire ses preuves. Tout le monde le traite comme un gamin, et ça l'énerve
- Un des personnages est bizarre (mais sympathique)
- Un des personnages est issu d'un milieu défavorisé
- Un des personnages est un geek (souvent celui qui est bizarre mais sympathique)
- Un des personnages souffre d'une maladie rare (et incurable)
- Un des personnages (au moins) à une phobie mineure
- Deux des personnages ont une relation de type mentor/apprenti
- Un des personnages cache un lourd secret, qui a donné lieu à un traumatisme important.
- Deux personnages ne peuvent pas se blairer (mais au final ils s'aiment bien quand même)

Et surtout n'oubliez jamais la règle a plus importante : usez et abusez des clichés. Plus c'est télégraphié, plus la mayonnaise prend. Une série ne doit pas surprendre le téléspectateur, il doit s'y sentir à l'aise, comme dans une paire de pantoufles fourrées à la viande, qui seraient en fait des friands mais où on aurait remplacé la pâte par une charentaise (je raconte vraiment n'importe quoi, moi).

Il y a bien sûr d'autres possibilités, mais je vous donne ici les principales (et les plus courantes). Ces traits servent avant tout à caractériser les personnages, mais peuvent (et doivent) être utilisés à des fins scénaristiques à un moment ou un autre.

Il est en effet intéressant de noter qu'au final ce n'est pas la partie "enquête" qui intéresse le spectateur. Celle-ci sert de caution, et apporte un petit côté ludique au divertissement. Mais les affaires sur lesquelles travaillent les enquêteurs ne sont qu'un habillage enveloppant le petit microcosme des personnages et permettant de dévoiler leurs travers, leurs envies et leurs angoisses. C’est juste moins la honte que Les Feux de l’Amour, plus crédible que Loft Story et plus intéressant que Derrick.

Des séries policières "pures" existent bien sûr, mais ne sont pas l'objet de ces articles (Columbo par exemple est une série uniquement basée sur l'enquête : on ne sait presque rien de la vie de l'inspecteur et on ne le voit quasiment jamais hors de son contexte d'investigation, Peter Falk si tu me regardes : tschüss).

Mais trêve de théorie et attelons-nous à la pratique. Je vais développer un de mes exemples de l'article précédent, le plus crédible : celui de la police de Montargis et de la boucherie Giraud. Par contre je vais faire que les personnages principaux, parce que là j'ai vraiment grave la flemme.

Montargis P.R. : Les personnages principaux :

- Francis Giraud : Le propriétaire de la boucherie éponyme. Veuf d’une quarantaine d’années avec deux enfants (une fille de 10 ans - pour les vérités touchantes innocemment balancées - et un fils de 14 ans - pour les problèmes d'adolescence), il cache un lourd secret : sa femme est morte dans sa chambre froide, assassinée par un mystérieux inconnu à coups de tuyau d’aspirateur. Son inconscient la matérialise de temps en temps et cet œil "extérieur" l'aide à faire le tri parmi les indices dont il dispose pour résoudre les enquêtes. Le crime n'a jamais été résolu, mais lui a été blanchi après avoir été suspecté. Il en pince pour le lieutenant Gartel mais a l'impression que c'est une trahison envers sa défunte épouse et donc n'ose lui avouer ses sentiments.

- Lola Gartel : Jeune et jolie lieutenant de police de trente-cinq ans, cette talentueuse enquêtrice a gravi les échelons rapidement. Très indépendante, elle est toutefois tiraillée entre sa conception moderne du monde et les traditions issues de son sang créole (que sa famille lui rappelle sans cesse). Elle doit en permanence se battre contre les préjugés. Ancienne amante de David Soussan, elle a une phobie des marteaux. A un petit faible pour Francis Giraud, touchée par sa détresse et sa maîtrise de l'art consommé de la découpe d’entrecôtes.

- David Soussan : Petit délinquant de la banlieue nord de Montargis, David est orphelin. Il vit de petits boulots et de quelques rapines sans gravité, grâce auxquelles il s’adonne aussi souvent que possible à son principal vice : sniffer (et parfois manger) la colle Cleopatra, celle qu’on avait tous à l’école et qui sent trop bon, mais qui colle pas. Il a eu une relation avec Lola Gartel et a toujours des sentiments pour elle, mais son casier judiciaire et son addiction en font une gêne pour l’officier de police.

Maintenant que vous savez comment faire, lâchez-vous. Dans le prochain épisode, nous parlerons des scénarii.

Merci, bisous.

Publié dans Bla-bla

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Marie 17/10/2012 11:47

Je trouve qu'il manque un trait de caractère ESSENTIEL à toute bonne série : c'est le gars bourré de charisme et hyper doué dans tout ce qu'il entreprend (celui qui, accessoirement, résout toutes
les enquêtes avec deux minutes d'avance sur tout le monde et à cause de qui on se demande presque à quoi servent les autres).
je ne citerai aucun exemple mais on voit tous de qui je parle !

Aigri-man 06/11/2012 19:23



Sacré Horace Yoken, c'est un peu le Chuck Norris de l'enquête!