Vacances en Irlande : 10 jours d'aigreur (3)

Publié le par Aigri-man

(Cet article est inédit, c'est complètement fou!)    

Jour 3 : La Chaussée des Géants – Bushmills

Quand le réveil sonne ce matin la douleur est moins intense que la veille. Il faut dire que onze heures de sommeil c'est quand même pas mal, même si c'est une moyenne basse. Et je pense que l'huile de la veille s'est transférée entre mon crâne et mon cerveau, enveloppant le tout dans un caisson gras et insonorisant.

Sous la douche (froide) je suis pris d'une révélation : pour avoir de l'eau chaude il faut tourner le robinet à fond vers la droite. Ca n'a absolument aucun sens, mais je vis ce bref instant d'illumination comme une victoire incontestable du bon sens Français sur le vil plombier anglais qui, à l'inverse de son collègue italien, ne se nourrit pas de champignons qui font grandir et ne saute pas à pieds joints sur les tortues. Par contre il ne risque pas de se faire croquer par une plante carnivore au détour d'un tuyau. De quoi étais-je en train de parler déjà? Ah oui, donc après une bonne douche brûlante dont je ressortis avec le teint harmonieux d'une écrevisse ébouillantée je me remis en selle de mon fidèle destrier et partis à l'assaut des côtes nord de l'Irlande. Du Nord. Donc je pars vers le Nord.

Là, bonheur, il fait beau (attention, je dis bien « beau », pas « chaud »), et s'il y a un truc que l'on ne peut pas retirer aux habitants de ce pays, c'est qu'ils gèrent grave au niveau des côtes. C'est juste magnifique. Oui oui, je vous entends déjà dire : « ouiii Aigri-man, c'est plus c'que c'était, il se ramollit, un caillou qui sort d'une flaque et hop, il est ému... » mais laissez-moi donc finir bande de petits coquinous.

Les côtes, donc, c'est beau. Mais surtout : il n'y a personne. J'ai dû croiser une voiture dans toute ma matinée. Et ça c'est grand. Donc je ne dirai qu'une chose : continuez comme ça les gars, ne nous infligez plus vos tronches de cake à tout bout de champ, ça gâche nos photos (je ne sais plus si je l'ai déjà signalé mais en Irlande du Nord les gens sont moches, on en est presque désolé pour eux). Restez chez vous faire vos trucs de laids.

Du coup ça fait bien sauvage comme panorama, nature vierge, tout ça. Bon par contre on imagine assez facilement que pour les gens qui habitent dans le coin il ne doit pas y avoir grand-chose à foutre de ses soirées. J'espère pour eux qu'ils ont une bonne connexion Internet, sinon bonjour l'ennui. Non je déconne, je n'espère rien du tout on s'en cogne de ce qu'ils foutent de leurs journée...

En chemin, je croise un panneau indiquant la direction d'un château, dont j'ai oublié le nom (voilà ce que c'est de ne pas prendre des notes!) mais qui allait se révéler déterminant pour la suite de mon voyage : c'est là que je rencontrai ma première quenelle.

Je passerai sur le côté dramatique de ce château, juché sur un éperon rocheux, dominant une mer houleuse et se découpant sur un ciel vierge de tout nuage. Comme tout château normalement constitué, il était ceint d'une petite grappe de maisons, le tout bien caché derrière un haut mur d'enceinte, que l'on pouvait explorer contre la modique somme de 3€.

Bon 3 euros c'est pas la fin du monde me direz-vous. Certes vous répondrai-je avec une emphase non dénuée de sarcasme. Mais bon 3 boules pour voir des murs écroulés alors qu'on peut en voir pareil de l'extérieur, ça donne pas envie. De toute façon, après quelques photos je décidai de repartir, d'autant plus que ce site hautement touristique (où je n'ai toujours croisé personne) ne figurait même pas dans mon guide du croûtard, ce qui représente incontestablement son manque flagrant d'intérêt.

Après quelques kilomètres de route aussi sinueuse qu'une démarche de breton au retour d'une soirée bien arrosée (qui se serait donc soldée pour le commun des mortels par un coma éthylique de deux semaines), j'arrivai enfin à destination : la Chaussée des Géants, ou Giant's Causeway en version originale, que l'on pourra traduire si l'on veut par « La voie géante où l'on cause ». Et quid que c'est que ça me demanderez-vous, le regard éclairé par une curiosité malsaine? Ben c'est des cailloux. Mais j'y reviendrai plus tard, après vous avoir parlé du premier point d'intérêt de ce site : le parking.

Alors déjà, c'est grand. Parce qu'il y a beaucoup de monde. Mais beaucoup. Donc c'est un peu comme au parc Astérix, il y a des gens qui vous guident dans les allées (c'est à eux qu'on paye l'entrée, même pas le temps de descendre de voiture), et après ils vous disent de vous garer là, même si c'est sur une bouse de vache. Oui parce qu'en fait de parking, c'est des champs. Le béton c'est naze (ou alors c'est cher, je ne connais pas le cours en Irlande). Donc une fois bien embourbé dans quinze centimètre de bouillasse générée par la fusion de la terre et de l'hygrométrie hypertrophiée nationale, vous vous dirigez vers l'entrée, passant dédaigneusement devant les boutiques à souvenirs et autres hôtels et restaurants hors de prix.

Ce qui est pratique c'est qu'il y a un service de bus qui fait la navette entre l'accueil et le site en lui-même, situé à environ 2 kilomètres. C'est 13 euros. Donc exclusivement réservé aux petits vieux pour qui c'est trop loin et qui ne peuvent pas marcher longtemps, mais qui comme chacun le sait sont, à l'instar de tous les petits vieux du monde, pétés de thunes. Donc vous marchez.

Il ne faisait pas très beau, mais il ne pleuvait pas, donc la ballade était plutôt sympa, mes cheveux dansaient dans les embruns, laissant présager d'un démêlage ultérieur particulièrement douloureux. La vue était belle et je mis à profit ces deux kilomètres pour étudier en détail la brochure explicative de ce site mondialement connu dont je n'avais jamais entendu parler avant.

Alors là si vous croyez que je vais vous raconter la légende de la Chaussée des Géants vous vous fourrez le doigt dans l'œil jusqu'à l'épaule. Si ça vous intéresse vraiment, vous pouvez aller . Je vous dirai juste que ça parle d'un géant miniature, d'un géant géant, de la femme du deuxième qui couche avec le premier et de ce dernier qui se fait passer pour un bébé dans le but de faire filpper le deuxième. Si vous n'avez rien compris c'est normal, de toute façon cette légende est très con, mais bon, c'est celte.

Parlons maintenant du site à proprement parler. Comme je le disais plus haut, c'est des cailloux. Sauf que c'est des cailloux rigolos, hexagonaux, d'une régularité étonnante. Comme un pavage où tous les carreaux ne seraient pas à la même hauteur. Comme les espèces de boîtes avec plein de clous, où on peut laisser l'empreinte de notre main ou de notre visage (ou de n'importe quoi qui vous passe par la tête mais que la morale réprouve). Comme un plateau de wargame en taille réelle. Donc c'est des cailloux qui ressemble à des crayons géants pas taillés. C'est bizarre, c'est joli, c'est grand, c'est plein de monde.

Ensuite la balade continuait, avec d'autres étrangetés géologiques. Par exemple il y avait d'autres crayons, mais séparés en plusieurs, comme s'ils avaient été empilés les uns sur les autres. Il paraît que ça s'appelle un orgue. Moi j'appelle ça des gros Pez (vous savez, ces distributeurs de bonbons pas bons avec une tête de personnage trachéotomisé qu'on incline vers l'arrière et qui ont inspiré un des personnage de Harry Potter, mais si, le fantôme, là...).

Après il y avait une falaise au milieu de laquelle une couche sédimentaire avait créé une bande de couleur différente du reste. Un peu comme une rayure horizontale, quoi. Bon. Voilà. Une fois arrivé il a fallu se taper le retour (j'ai pris un autre chemin avec un escalier à 80 degrés, car je suis un sportif).

Cette visite ayant entamé la majeure partie de la journée, je me suis ensuite dirigé vers Bushmills, où je devais passer ma première nuit en camping. Bushmills, c'est là qu'est la plus vieille distillerie de whisky d'Irlande. Je voulais la visiter mais je suis arrivé trop tard, le dernier groupe était complet. Pas de bol, mais tant pis. A la place je suis allé au pub, où j'ai picolé. J'ai d'ailleurs goûté le Black Bush, qui tient son nom du bled. C'était bon.

Pour le repas du soir je me suis acheté un barbecue jetable. Oui je sais ça a l'air très con, et ça l'est. Dans les faits c'est une barquette en aluminium remplie de charbon de bois et recouverte d'une grille et de papier d'amorce. Après avoir planté ma tente (la seule du camping, tout le monde étant en caravane ou en mobile-home), j'étais fin prêt pour ce qui allait rester dans les annales de ce voyage comme :

Le Barbecue de l'Échec

Avec le recul, je me dis que quand même je l'ai bien cherché et cela va confirmer un état de fait dont je n'avais déjà aucun doute avant ce soir-là : le camping c'est chiant, j'aime pas ça, et donc je sais pas faire. Afin de vous faire profiter de mon expérience et de vous aider à expérimenter ce moment de solitude dont vous ressortirez transfigurés, voici la recette inratable pour passer une soirée non moins inratable:

  • Picolez avant de commencer. Cela vous aidera à réagir vite et de manière appropriée aux petits incidents qui ne manqueront pas de ce produire au cours de cette soirée de l'échec. Votre raisonnement sera infaillible et vos actes découleront obligatoirement d'une logique implacable.
  • Ne lisez pas le mode d'emploi. Ici nous parlons du barbecue jetable mais ça vaut pour n'importe quel objet de la vie courante. Après tout vous êtes Français, donc vous savez.
  • Placez le barbecue jetable à même le sol, dans l'herbe. Un petit support en fil de fer est fourni pour le surélever mais de toute façon il s'enfonce dans la terre, donc il ne sert à rien.
  • Afin de favoriser une répartition régulière du charbon de bois dans la barquette, cherchez un emplacement en pente.
  • Choisissez une viande pas trop épaisse et qui cuit rapidement, voire qui ne demande pas une cuisson complète (comme le bœuf par exemple). J'ai opté dans mon cas pour de bonnes grosses cuisses de poulet.

Voilà, tout est prêt, vous pouvez mettre le feu au papier d'amorce, qui se consumera très vite sans faire brûler votre charbon de bois. Mais comme vous êtes un survivor, vous réussirez quand même à le faire prendre, au moyen fort astucieux et résolument moderne du même briquet précédemment utilisé et des brochures touristiques amassées jusqu'ici. Comme vous êtes en pente vous divisez la surface utile par deux, ce qui est bien pratique. Vous ne manquerez pas de remarquer très vite l'épaisse fumée qui se dégage de l'ensemble et qui d'une manière quasi-surnaturelle se dirige automatiquement sur votre tente, lui conférant ainsi qu'à son contenu une douce fragrance de cramé, bien agréable au moment du coucher.

Au bout de vingt minutes de pollution, et malgré votre insistance à ventiler vigoureusement l'ensemble au moyen d'un bout de carton, vous vous rendrez à l'évidence : ça ne cuit pas. De dépit vous mangerez quand même la peau du poulet, seul élément comestible et à peu près cuit (en fait, c'est brûlé, mais à la guerre comme à la guerre). Puis vous aspergerez d'eau bénite la dépouille du truc démoniaque vendu comme un barbecue et irez vous coucher, affamé, vaguement honteux mais pas trop grâce à l'alcool ingéré plus tôt, inconscient de la marque indélébile que vous aurez laissé sur le sol, témoin accusateur du massacre culinaire dont les braves gens alentour ne soupçonnent même pas l'existence. De toute évidence l'herbe, même humide, ça cuit mieux que le poulet.

Et de toute façon il commençait à pleuvoir.

Publié dans Bla-bla

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Piero 25/11/2010 11:17


Si ça c'est pas être super balèzes quand même...


Aigri-man 29/11/2010 14:53



C'est un don en effet, et les dons ça se cultive!



Pieo 24/11/2010 14:43


Ah ! que de souvenirs... le fameux barbecue de l'échec...
(et définitivement, la chaussé des géants, je trouve que c'est bien de la merte pour tout le flan qu'y autour. Sur le coup, je suis encore plus aigri qu'aigri man...)
C'était pas ce soir là où on avait marché 45 min- une heure dans les environs en se disant "allez, y'a forcément un bar pas loin !", et qu'en fait, non, trop pas ?


Aigri-man 25/11/2010 11:15



Si, si, c'était bien là! Le seul bled d'Irlande sans pub, il a fallu qu'on aille s'y enterrer...